22 octobre 2020 4 22 /10 /octobre /2020 10:45
CARNET SPIRALES #7 : Le moineau

Je n'ai pas hésité

avant de prendre la plume

et là, sur l'avenue,

de son tranchant

me suis désossé

le cœur.

Pourtant,

vous le savez,

il est bien plus facile

de confier ces petits animaux

aux bons soins

de l'équarrisseur,

d'enfouir les yeux dans ses poches

de peindre sur ses lèvres un sourire indolent

d'oublier tout à fait

qu'un jour

ils brillaient

dans notre poitrine

comme de si jolis

petits soleils

qu'on promenait, tout fier,

main dans la main

sur la grande avenue

de la ville.

Mais voyez-vous

j'étais curieux

de savoir jusqu'où la nuit s'étendait

de ce côté du monde

et d'un seul trait

je l'ai fendu en deux.

A l'intérieur

il n'y avait rien d'autre

qu'un moineau

aux ailes rompues

par

un café refroidi et des nuits chiffonnées et le miroir narquois

les larmes du matin le rire du cendrier et le vertige du vide

de toutes ces journées

qui me séparaient

maintenant

de toi.

Voilà comment

sans y prendre garde

prisonnière de sa cage

et de cet amour brisé

la vie

s'étiolait.

Tout l'été,

j'ai bercé l'oiseau,

du bout des lèvres

lui ai donné la becquée :

des brins de soleil

un souffle sur ma nuque

des soupirs d'oreiller

d'autres peaux

que la tienne.

A l'automne venu

j'ai ouvert les mains :

l'oiseau s'est envolé.

Je n'ai rien fait

pour le retenir.

Les oiseaux sont nés

pour le ciel

et nous autres

pour espérer.

Voilà pourquoi

vous me voyez

si souvent

perché aux arbres

dénudés

de l'avenue.

Vous, vous esquissez

un sourire un pas

de côté

le pauvre fou,

pensez-vous.

Mais je m'en moque

je reste là,

les yeux jetés au ciel

la poitrine béante

le corps écartelé

par l'attente.

Le pauvre fou,

pensez-vous

Mais je m'en moque

Vous ne savez rien

d'un cœur déserté

par les oiseaux

 

Partager cet article

Repost0

commentaires